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Le 17 septembre à 16h, Concert de clôture
Cour intérieure de l’abbaye

Entrée : 12€  /  Préventes : 10€
Gratuit – de 18 ans

Paroles de femmes

Textes choisis, mélodies et Lieder, tantôt souriants, tantôt sombres….les sœurs Allen nous invitent à un voyage au pays de la femme.

Juliette Allen, soprano
Charlotte Allen, comédienne
Virgile Van Essche, au piano

 

 

Chopin  – Etude en La b (2’)

L’amour est venu
Serait-ce donc cela
Que j’ai attendu toute ma vie ?
Ces larmes, ce ravissement
Et cette envie de chaînes et d’esclavage ?
La soif des mots et du silence
Qui brûlent mon âme toute entière ?
Serait-ce donc tout cela
Dorénavant l’amour ?

L’impatience est l’amour,
L’inquiétude et les craintes sont l’amour,
Je souris, je ris,
Je me dis que je suis comme avant.
Mais mon cœur comme une bouée
Palpite sur les vagues de cette passion.
Est-ce l’amour ?
Mais bien sûr que c’est l’amour !

Il n’y a plus d’interdit,
Plus de cadenas cachés, plus d’obstacles
Plus de nouvelles entraves.
Ce tourbillon ne cesse de grandir,
Je suis maintenant comme l’aventurière
Qui a enfin trouvé son trésor
Et qui est prête à le crier
Au ciel, au soleil et à la steppe :
Oh tais-toi ! Oh tais-toi !
Peut-on préserver ce trésor ainsi ?
Mais le cœur insensé
N’écoute pas les conseils de la raison.
Je crie, je chante,
Je suis prête à embrasser cette terre
Qui m’a offert
Le bonheur et la souffrance
D’aimer !

Andrée Chedid (1920-2011) France (d’origine syro-libanaise)

Chopin – Fantaisie-Impromptu (5’) 

Minuit dans la ville

Il est bientôt minuit dans la ville.
Les fenêtres s’éteignent comme si c’étaient des oiseaux bleus, verts et jaunes de lumière qui quittaient les murs sombres les uns après les autres.
Les nuages des rêves, invisibles et légers, agitent l’air rafraîchissant de la nuit et coulera sur l’asphalte des rues roulées en boule.

La nuit est transie, si infinie et profonde que même le cri au secours n’atteindra pas ses profondeurs.
Je ressens que j’aime être extrêmement petite dans cette nuit, sous ce ciel, sur cette terre,
Que j’aime ce petit caillot de chaleur dont mon corps et mon âme se composent,
Que même très tentée de connaître le mystère de tout ce qui existe,
Je ne veux pas être plus que je ne suis.

 

Charlotte Allen (1994) Belgique

 

 

Chopin – Polonaise en Fa dièse (10’)

 

L’Autre

À force de m’écrire
Je me découvre un peu
Je recherche l’Autre

J’aperçois au loin
La femme que j’ai été
Je discerne ses gestes
Je glisse sur ses défauts
Je pénètre à l’intérieur
D’une conscience évanouie
J’explore son regard
Comme ses nuits

Je dépiste et dénude un ciel
Sans réponse et sans voix
Je parcours d’autres domaines
J’invente mon langage
Et m’évade en Poésie

Retombée sur ma Terre
J’y répète à voix basse
Inventions et souvenirs

À force de m’écrire
Je me découvre un peu
Et je retrouve l’Autre.

 

Andrée Chedid (1920-2011) France (d’origine syro-libanaise)

 

 

 

Chopin – Valse à Mlle Marie (4’)

 

 

Gounod – Je veux vivre (4’)

 

Toursynaï Orazbaeva (1950) Kazakhstan

Poème choisi par Khourcheda Khamarakoulova, philologue, critique littéraire et traductrice tadjike, présidente du Centre culturel du Tadjikistan à Moscou.
Traduit du kazakh en russe par Lioubov Chachkova, puis du russe en français par Larissa Guillemet.
Inédit en français.

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Schumann Frauenlieben und leben (20’)

Prière (extrait du livre d’Ophélie)

Qu’on me laisse partir à présent
Je pèserais si peu sur les eaux
J’emporterais si peu de chose
Quelques visages le ciel d’été
Une rose ouverte

La rivière est si fraiche
La plaie si brûlante
Qu’on me laisse partir à l’heure incandescente
Quand les bêtes furtives
Gagnent l’ombre des granges
Quand la quenouille
Du jour se fait lente

Je m’étendrais doucement sur les eaux
J’écouterais tomber au fond
Ma tristesse comme une pierre
Tandis que le vent dans les saules
Suspendrait mon chant

Passants ne me retenez pas
Plaignez moi
Car la terre n’a plus de place
Pour l’étrange Ophélie
On a scellé sa voix on a brisé le vase
De sa raison

Le monde m’assassine et cependant
Pourquoi faut-il que le jour soit si pur
L’oiseau si transparent
Et que les fleurs
S’ouvrent à chaque aurore plus candides
Ô beauté
Faisons l’adieu rapide

Par la rivière par le fleuve
Qu’on me laisse à présent partir
La mer est proche je respire
Déjà le sel ardent
Des grandes profondeurs
Les yeux ouverts je descendrais au cœur
De la nuit tranquille
Je glisserais entre les arbres de corail
Ecartant les amphores bleues
Frôlant la joue
Enfantine des fusaïoles
Car c’est là qu’ils demeurent
Les morts bien-aimés
Leur nourriture c’est le silence la paix
Ils sont amis
Des poissons lumineux des étoiles
Marines ils passent
Doucement d’un siècle à l’autre ils parlent
De Dieu sans fin
Ils sont heureux

Mouliat Emij (1951)  République des Adygués (Fédération de Russie)

Traduit du russe par Larissa Guillemet

Fauré – Après un rêve (3’)

Poulenc – Hôtel (2’)

La Solitude

Je l’ai trouvée devant ma porte,
Un soir, que je rentrais chez moi.
Partout, elle me fait escorte.

Elle est revenue, elle est là,
La renifleuse des amours mortes.
Elle m’a suivie, pas à pas.
La garce, que le Diable l’emporte !
Elle est revenue, elle est là

Avec sa gueule de carême
Avec ses larges yeux cernés,
Elle nous fait le coeur à la traîne,
Elle nous fait le coeur à pleurer,
Elle nous fait des mains blêmes
Et de longues nuits désolées.
La garce ! Elle nous ferait même
L’hiver au plein coeur de l’été.

Dans ta triste robe de moire
Avec tes cheveux mal peignés,
T’as la mine du désespoir,
Tu n’es pas belle à regarder.
Allez, va t-en porter ailleurs
Ta triste gueule de l’ennui.
Je n’ai pas le goût du malheur.
Va t-en voir ailleurs si j’y suis !

Je veux encore rouler des hanches,
Je veux me saouler de printemps,
Je veux m’en payer, des nuits blanches,
A coeur qui bat, à coeur battant.
Avant que sonne l’heure blême
Et jusqu’à mon souffle dernier,
Je veux encore dire « je t’aime »
Et vouloir mourir d’aimer.

Elle a dit : « Ouvre-moi ta porte.
Je t’avais suivie pas à pas.
Je sais que tes amours sont mortes.
Je suis revenue, me voilà.
Ils t’ont récité leurs poèmes,
Tes beaux messieurs, tes beaux enfants,
Tes faux Rimbaud, tes faux Verlaine.
Eh ! bien, c’est fini, maintenant. »

Depuis, elle me fait des nuits blanches.
Elle s’est pendue à mon cou,
Elle s’est enroulée à mes genoux.
Partout, elle me fait escorte
Et elle me suit, pas à pas.
Elle m’attend devant ma porte.
Elle est revenue, elle est là,
La solitude, la solitude…

Anne Perrier (1922)  Suisse 

Chopin – Valse en Do dièse (5’)

L’espérance

J’ai ancré l’espérance
Aux racines de la vie

Face aux ténèbres
J’ai dressé des clartés
Planté des flambeaux

À la lisière des nuits

Des clartés qui persistent
Des flambeaux qui se glissent
Entre ombres et barbaries

Des clartés qui renaissent
Des flambeaux qui se dressent
Sans jamais dépérir

J’enracine l’espérance
Dans le terreau du cœur
J’adopte toute l’espérance
En son esprit frondeur.

Barbara (1930-1997) France

Poulenc  – La Dame de M.C. (7’)

Milicienne de Barcelone

A l’aube de la ville
Je me dresse
Le cœur bourdonnant dans la poitrine.
Mes pieds nus sur les tuiles déjà chaudes, j’écoute…

Mille chemins parcourus d’incendies
Pour la puissance de vivre
J’ai la colère d’exister
Entourer de mes bras cette ville
Rire du moment présent
Arpenter, croire, courir, hurler, pleurer
Me dresser au plus haut point
Pour une vue d’ensemble.

On dit que l’action appartient au masculin
Et pourtant je suis femme.
A cet instant rien ne me fait peur.

A l’aube de la ville
Je me dresse
Les armes comme premier cri
Les larmes comme dernier souffle.